Si je suis si impliquée dans le travail des rêves et leur exploration, c’est que je porte en moi une mémoire du divin qui a longtemps été vécue comme une blessure… Et qui, depuis quelques années, a trouvé sa manifestation et sa source dans mon quotidien. Je suis sûre de ne pas être la seule. Je suis convaincue que vous aussi, vous connaissez l’écho de cet Appel, ce désir de « plus », d’ailleurs, de SENS, du retour à la maison, de beauté et d’harmonie.
 
 
On peut trouver cette source dans les voyages, dans des coins reculés du monde, des pratiques spirituelles, de la méditation… On peut trouver cette source au coeur même de chaque instant, ce qui est soit la finalité de cette quête qui nous ramène chez nous, au point de départ. Et on peut également, chaque matin au réveil, retrouver le fil qui nous mène à ce coeur de notre être : à travers les images intérieures transmises par nos rêves. Marie-Louise Von Franz l’a magnifiquement formulé dans « La voie des rêves » :
 
 
« Cette matrix qui fabrique le rêve en nous a été appelée le guide spirituel intérieur,
un centre intérieur de la psyché. »
 
 
Je ne sais pas comment vous le vivez, mais pour ma part, lorsque je suis replongée dans un contexte spirituel ou religieux, lorsque je regarde un documentaire sur ce sujet, que je lis un livre qui parle du Dieu intérieur et de son Amour Universel… Lorsque je suis en contact avec mon Personnage Intérieur Spirituel, j’ai du mal à prendre du recul et je vois soudain la vie depuis son point de vue à lui : tout me paraît anodin, mes actions, mon travail, le quotidien et ses impératifs, mes soit-disant besoins, mes colères et mes doutes… La hauteur qu’il m’offre est exaltante ; et terrifiante en même temps. Car mon Personnage Intérieur Spirituel n’admet pas de demi-mesure, pour lui c’est la vie monastique ou communautaire, le retour aux valeurs essentielles et simples, loin de l’argent et de la pollution mentale et physique.
 
 
Et vous, que dit votre Personnage Intérieur Spirituel ? Est-il présent au quotidien ? Comment influence-t’il ou bien ne se manifeste-t’il pas suffisamment dans votre quotidien ?
 
 
Pour ma part, tant que la psychologie des sous-personnalités et de ces personnages intérieurs ne faisait pas partie de ma conscience, c’était violent. Ces remises en question soudaines, de tout mon mode de vie et de la société dans laquelle je vivais, m’ont fait vivre des loopings à 360° et de grands changements de direction.
Puis, progressivement, j’ai développé une nouvelle conscience intérieure. Celle qui, tel un chef d’orchestre, m’a permis d’accueillir d’un côté la part de moi qui me met en contact radieux avec le numineux de la vie, la sensation d’une présence divine ; de l’autre, celle qui aime l’abondance financière, les plaisirs immédiats, le superficiel et le quotidien de la vie au 21ème siècle.
 
Cette nouvelle conscience m’a permis de retrouver un vrai lien d’amour à moi-même. J’ai découvert que je suis constituée de contradictions dramatiques et que cela est tout simplement magnifique. En Inde, j’ai eu l’honneur de côtoyer durant plusieurs mois un maitre tantrique qui m’a définitivement fait vivre cette réalisation… S’il me disait « bleu » un lundi, le lendemain, il pouvait très bien me répondre « vert ». Et lorsque je lui rappelais sa contradiction et le bleu de la veille, il me répondait d’un sourire malicieux : « And why not ? ». C’est vrai, au fond, pourquoi pas… Ce Yogi fut la première personne qui m’a fait un tel effet de liberté intérieure. Son détachement était bien réel, il n’existait plus en lui de cet ego obstiné qui veut que bleu reste bleu et que notre identité soit reconnaissable jusqu’à la fin de notre vie.
 
 
Les rêves offrent cette opportunité extraordinaire de prise de distance par rapport à notre rôle quotidien. Ils offrent ce regard de biais, de trois quart, de face ou de profil, qui nous met en lien immédiat avec tous les personnages intérieurs que nous jouons ou refusons de jouer, souvent à notre insu.
 
 
Alors même si mon Personne Intérieur Spirituel trouve, avec les bouddhistes, que les images des rêves sont déjà un divertissement qui éloignent de la Pleine Conscience… La conscience qui m’équilibre entre de grands écarts intérieurs, y trouve pleinement sa source. L’exploration de mes rêves nocturnes me permet de combiner l’expérience du divin au sein même de mon quotidien.
 
 
Car ce divin, n’est-il pas finalement le fait de se reconnaître Un dans le Multiple ? Petit personnage au milieu d’une foule d’autres personnages que nous croisons dans nos rêves, comme autant de parts de nous ? Et alors, cet autre qui dort à côté de moi… Est-il vraiment autre, ou bien le rêve prenant le pas sur la réalité : serait-il un « moi », lui aussi ?
 
 
Face à son maitre Rama qui lui posa un jour cette question : « Qui es-tu ? », Hanuman, le Dieu-Singe et Serviteur, répondit : « Si je ne me connais pas, je te sers. Si je me connais, je suis toi. »

Trop fermée, trop ouverte, sur vos gardes, inspectrice, testant sa valeur, son intelligence, son répondant ? Alerte, aux aguets, observatrice, dans la comparaison ? Condamnatrice, moqueuse, secrète, possessive, prête à sauter sur le moindre faux pas de sa part, la moindre erreur, la moindre maladresse ? Depuis des siècles, les femmes se reniflent entre elles. Souvent avec classe et un détachement affecté. Mais l’autre femme sent ce qu’il se passe en-dessous, car un des dons de nature de la femme, est qu’on ne la dupe pas facilement. Elle a trop souffert au travers de siècles de maltraitance que pour faire à nouveau confiance naïvement et ne plus assurer ses arrières. Qu’est-ce qui nous effraie tant chez la femme qui nous empêche de lui ouvrir naturellement notre cœur ?

Pour le comprendre, remontons dans les générations qui nous ont précédées. Encore plus loin. Et encore plus. Plus loin que les frontières de l’imaginaire. Car le Patriarcat s’est grassement installé dans nos sociétés depuis des millénaires. Mais il fut un temps où tout était différent, nous révèle-t-on au travers de fouilles historiques et archéologiques. Mais au fond de nous, chaque femme le sait : quelque chose, bien plus loin qu’ici, nous unit les unes aux autres. Un lien par-delà les identités, quelque chose qui nous émeut malgré nous et nous attire irrésistiblement les unes vers les autres. Cette ancienne mémoire, douce et tendre, comme une chanson lointaine de notre enfance, du temps où la Déesse était au cœur de la société et où ses filles, les femmes étaient honorées et respectées comme telles. Ce souvenir résonne en chacune d’entre nous comme une mélodie qui nous aurait bercée in utero et au-delà de cela. La Grande Déesse est quelque part au milieu de deux femmes qui se regardent dans le fond des yeux et se touchent. Elles se souviennent alors qu’au départ, cette Déesse était reine car elle était reconnue comme Celle à l’origine de toute vie.”

Extrait du livre « La voie de la Magicienne », Amala Klep Kremmel, Éditions Le Souffle d’Or, 2020.

A propos de l’initiatrice : Amala

 Spécialiste du rêve et des archétypes, passionnée par l’éveil des femmes, elle transmet à travers formations, cercles, conférences et ouvrages. Elle est la fondatrice de l’Ecole des Mystères, les Eveilleuses du Féminin, qui renouvelle les rites de passage et avoirs ancestraux.  Elle a également co-fondé pendant quelques années un écolieu, le Centre Duo MoonDo (FR), dédié à la transformation individuelle. 

Dans tous ses livres, elle partage autour de mythes et d’archétypes pour véhiculer ses messages par des images de rêves plutôt que par l’intellect pur. Elle a donné de nombreuses formations en présentiel sur les archétypes et les déesses, ainsi que des programmes en ligne.

Les 13 clés réunit toutes ces transmissions autour de la psychologie des profondeurs, le Voice Dialogue, le rêve, l’astrologie, le symbolisme… 

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